HEI au Mali en 2009

18 mai 2009

Construction d’un four à pain à Sogou Dour Koum, un village du pays Dogon

I. L’équipe
Notre équipe se compose de 4 étudiants en 4e année d’école d’ingénieurs à Lille : Thibault Desreumaux, Florian Reynaud, Timothée Carrus et Marie Testud. Nous somme tous les quatre spécialisés en bâtiment et travaux public et sommes très impliqués dans la vie associative de l’Ecole. En effet, l’année dernière, trois d’entre nous avons fait partie du Bureau des Élèves, association visant améliorer la qualité de vie des étudiants. Cette année nous avons pris part à une nouvelle association visant à sensibiliser les étudiants de notre campus à l’intégration des handicapés dans la vie professionnelle à l’occasion d’une semaine d’action. Par ailleurs, Thibaut Desreumaux et Florian Reynaud participent depuis leur plus jeune âge à de camps de scoutisme.
Si nous avons décidé d’entreprendre un séjour humanitaire au Mali c’est pour apporter notre soutien à une population qui le nécessite. Nous somme conscients que nous n’allons pas changer le monde mais nous estimons qu’apporter notre aide, si petite soit elle, est déjà satisfaisant. L’autre raison qui nous a poussé à nous investir dans ce projet c’est aussi parce que nous voulons découvrir une société encore méconnue de nous quatre. Nous sommes persuadés qu’un tel séjour peut nous ouvrir les yeux et nous enrichir. Nous partons du 25 mai à fin juillet 2009.
Notre blog

II. L’association Dogon et Frères
1. Introduction
L’association Dogon et Frères est une association française régie par la loi de 1901 et fondée en 2005 par Jean Michel Pietropaoli pour lutter contre la pauvreté et la précarité au Mali. Composée d’environ dix membres bénévoles essentiellement présents au Mali, l’association mène à son échelle des actions de proximité dont l’ampleur est conditionnée par les fonds qu’elle aura pu recueillir.
Ses objectifs s’orientent vers une valorisation du pays et de sa culture afin de favoriser la notion d’échange et non celle de l’assistanat. Cette dernière notion étant de moins en moins bien accueillie, voire acceptée, dans les villages pourtant particulièrement défavorisés, ses cibles s’orientent principalement vers des villages "oubliés" sélectionnés et reconnus défavorisés et surtout très motivés par les réalisations communautaires.
La ligne directrice de l’association est de responsabiliser et d’ impliquer par tous les moyens les populations et d’ agir en prenant comme levier les ressources culturelles, touristiques, humaines présents sur les sites afin de créer du développement local endogène et favoriser l’autonomie à court et moyen terme.
Le champ d’actions de Dogon et Frères ne se limite à la seule région du pays Dogon, (partie du Mali située à environ 700 km à l’est de Bamako) mais s’étend partout dans le pays en intervenant sur quinze villages. Ces villages ont été choisis après deux ans d’études sociologiques pour leur précarité et leur niveau d’urgence à intervenir.

2.Les grands objectifs de l’association
Les principaux objectifs de l’association s’orientent autour de deux axes :

- La création d’emplois dans les villages, dans les domaines du tourisme (structure, accueil, animations…) ; de l’artisanat (ateliers de couture, artisanat décoratif, ...) ; du commerce de proximité (épiceries, moulin à grain, ...). Ceci permettrait de générer des activités et des revenus communautaires réinvestis dans le fonctionnement de la scolarisation, l’alimentation et l’hygiène des enfants entre autre.

- L’amélioration des conditions d’hygiène dans les villages qu’encadre l’association afin de diminuer la mortalité en couches des femmes ou des nouveaux nés, qui s’élevait à 28 %.
Les objectifs sont menés en prenant en compte le fait que l’association vient en aide aux villages en développant la notion d’autosuffisance et non celle de l’assistanat.

Pour atteindre les objectifs, l’association Dogon et frères à lancé depuis sa création de nombreux chantiers qui ont apporté énormément dans les 15 villages qu’elle encadre. Notamment dans le village de Sogou Dour Koum qui depuis l’implantation de l’association ne cesse d’afficher des progrès tant sanitaires qu’économiques et sociaux. C’est dans ce village que nous allons mettre en place un four et aider à la construction de la maternité

3. Description du village de Sogou Dour Koum
Le village de Sogou Dour Koum a été choisi, pour la première intervention d’envergure, à l’issue d’une étude menée durant deux années portant sur une quinzaine de zones nécessitant une intervention extérieure. Ce village a su démontrer une organisation et cohésion sociale exemplaire ainsi qu’une détermination à évoluer dans un cadre communautaire, de fait ou malgré le manque évident de moyens. Sa situation centrale, par rapport aux 15 villages environnants, demeure un atout majeur.

Situation géographique :
Environ 700 km de Bamako, 130 km de Mopti et 50 km de Bandiagara. C’est un village de 35 ha environ dans la plaine sans cours d’eau ni forage, 4 puits traditionnels et sans eau potable.

Population :
160 ménages ou famille pour un total de 1960 habitants, ethnie Dogon à 100%, pour le seul village de Sogou auquel s’ajoute 14 villages satellites dont la population est estimée à 4000 personnes qui bénéficieront des actions de l’association. En moyenne la population se répartie à 60 % de femmes et 40% d’hommes. Il y a en moyenne 160 naissances par an pour l’ensemble des villages.

Ressources et activités :
Culture du mil, sorgho, fonio, haricots rouge, arachide, dâh, sésame et pois, pas de culture maraîchère par manque d’eau, pas d’arbres fruitiers. Autosuffisance agricole dans les années moyenne et revente du surplus dans les bonnes années qui procure un revenu villageois moyen annuel de 200 000 Fcfa (environ 300 euros).
Elevage : caprins, ovins, bovins, volaille, ânes et chevaux, autosuffisance et revente du surplus qui procure un revenu villageois moyen annuel de 3 000 000 Fcfa (4 500 euros).
Pas de ressources liées au tourisme, pas de ressources liées à l’artisanat Les ressources villageoises permettent l’importation de 50% des matières de première nécessité dans le village (lait, fruit et légumes, riz, huile, sucre, thé et café, sel, blé, piles et batterie, tissus et vêtements, savon…) les 50 % restant font défaut irrémédiablement. Le vendredi est consacré à la salubrité du village.

Ressources pécuniaires :
Ressources d’environ 70 Fcfa (11 centimes d’euro) par jour et par famille Pas d’écart notable entre les familles, pas de fortune individuelle (favorise la cohésion sociale du village).

Émigration :
L’exode vers d’autres zones du Mali (Bamako) est planifié par le village en fonction des années de récolte. Le flux migratoire est maîtrisé et n’est pas la volonté villageoise (pour l’instant, mais nécessité faisant loi…) malgré l’urgence de survie.
Seul 26 ressortissants du village ont été autorisés à s’expatrier 20 en Côte d’Ivoire, 4 au Burkina Faso et 2 en Guinée Conakry, mais peu ou pas de retour financier, notamment depuis les événements en Cote d’ivoire. Pas d’émigration vers la France (pour l’instant). Situation de la condition de la femme dans le village principal.

Les femmes représentent 60% de la population et soutiennent les activités sociales et économiques dans tous les domaines. Elles sont rassemblées en association des femmes de Sogou qui compte actuellement 580 membres. Elles ne disposent d’aucune commodité d’aide à la vie courante et ne peuvent compter sur une moyenne de 70 Fcfa et leur propre récolte pour nourrir leur famille. La plupart des jeunes filles aident à la préparation du repas et ne sont donc pas scolarisées. Le taux de mortalité, mère ou enfant, s’élève à 28 % à l’accouchement sans compter les nombreuses fausses couches.

III.Les Projets au sein du village de Sogou Dour Koum

1. Bilan des projets en 2007 1ere mission
Étude des villages dans la plaine du Seno région du pays Dogon au Mali. Répartition dans la zone des 4000 vêtements collectés. Aide d’urgence diverses.

2e mission
Étude de la faisabilité de projets effectuée par un sociologue anthropologue missionné par l’association.

3e mission
Mise en place d’un moulin
Électrification du bâtiment de la place publique
Distribution de lunettes pour les personnes âgées et ballons pour les plus jeunes.
Création de 30 emplois de fileuse de coton
Confection d’outil pour le futur projet « un jardin pour les femmes »

2. Bilan des projets en 2008 1ere mission
Construction du bâtiment destiné :

- aux artisans (Boutiques : Antiquaire, Cordonnier, Forgerons)
- aux femmes qui travaillent dans la filière « Coton », regroupement de l’activité, stockage…
Création d’une friperie et cabine téléphonique. La filière coton commencée en 2007 avec 35 femmes est passée à 115 femmes et 6 jeunes à mi temps et 3 tisserands à plein temps en 2008

2e mission
Aménagement d’un jardin potager de 2 ha comportant plus de 100 arbres fruitiers qui à du être finalisé fin février 2009.

3e mission
Création espace garderie d’enfants et toilettes et douches publiques.

4e mission
Finalisation de la maison de passage dit : « la Maison de Catherine » qui permet d’avoir un espace propre aux femmes du village.

IV. Notre mission
L’objet de notre séjour se développera autour de deux axes :
La première mission consistera à construire un four dans le village de Sogou Dour Koum. Sans électricité et sans bois, nous tacherons mettre en place un four hybride qui puisse servir aux 1600 membres du village. Dans un premier temps, nous démarcherons auprès de fournisseurs de Bamako pour récolter les matériaux nécessaires à sa fabrication. En parallèle nous irons dans le village pour s’acclimater au mode de vie et effectuer une étude pour trouver l’emplacement du four la main d’œuvre nécessaire.
La seconde mission (si on a le temps) consistera à aider à la construction d’une maternité dans ce même village. Nous nous sommes portés volontaire pour ce projet car étant tous les quatre spécialisés en bâtiments et travaux publics, nous pensons que notre savoir pourra être utile. Aussi nous pensons qu’il peut être enrichissant de découvrir la façon précaire dont les bâtiments sont construits dans de telles conditions. Dans un premier temps, il faudra fabriquer les briques en terre puis procéder à la construction du bâtiment.

Le four solaire
a. Pourquoi un four ?
Jean Michel Pietropaoli nous a confié la tache de penser à un four hybride en associant plusieurs techniques mais sans utiliser ni électricité ni bois. Après de nombreuses recherches, nous avons écarté toute autre idée que celle de l’énergie solaire. L’idée d’un four solaire avec des panneaux photovoltaïque à été émise mais elle a été écartée pour cause d’un coût trop important. Finalement nous nous somme penchés sur le principe des miroirs car nous avons constaté qu’elle avait fonctionné efficacement dans des conditions similaires.
Le village de Sogou Dour Koum présente un grand nombre de points de cuissons mais ne permettant pas de subvenir aux besoins de toute la population. De plus ces points dégradent le sol on constate une désertification grandissante dans le village. Par ailleurs le bois n’est une ressource inépuisable et il se peut qu’à long terme il faille aller chercher le bois trop loin.
Un four hybride trouve son utilité pour les raisons suivantes :
- Point de cuisson unique
- Subvenir aux besoins des tous
- Pas de ressource combustible mais la seule énergie solaire
- Une technique relativement simple

b. Principe de fonctionnement
Le principe du four solaire est très simple : on dispose une série de miroirs qui vont être orientés de façon à converger vers le même point formant ainsi une concentration de chaleur importante. C’est justement au niveau de ce foyer qu’on va alors placer le four.

c. Mise en œuvre du four
1ère étape : la structure métallique
La première étape de la construction du four consiste à construire la structure permettant de poser les différents miroirs. Nous disposons des barres métalliques horizontale et verticale que nous allons souder entre elles. Toute cette structure va être orienter à 60° par rapport au sol.

2e étape : fixation des miroirs
Nous avons choisi des miroirs convergents de 30 cm par 30 cm. Pour fixer les miroirs à ces différents barres, nous avons choisi de faire une liaison rotule, permettant ainsi d’adapter l’inclinaison des miroirs suivant le soleil : chaque miroir sur son coté non réfléchissant une boule ronde qui viendra se « clipper » sur une accroche positionner sur les barres horizontales.
Pour ce qui est de l’emplacement des accroches, nous en disposons une tous les 32cm au niveau des barres horizontales.
Comme dit précédemment, nous utiliserons une liaison rotule, les accroches seront donc de simple cube percer d’un rond au milieu. Cela permettra ainsi au miroir de se déplacer dans tous les sens.

3e étape : fixation des rails pour le four
Pour optimiser la chaleur transmise par le soleil, on choisit de poser le four sur les rails permettant ainsi au four de se déplacer. On va espacer cette structure d’environ 5 m de la structure supportant les miroirs.

4e étape : fixation du four
Le four en lui-même mesure 70cm x 70cm x 70cm et va être situé à 1 mètre environ du sol. Du fait du déplacement du soleil tout au long de la journée, le four est monté sur un chariot à roues lui permettant ainsi d’être le plus optimal possible.

d. Mode opératoire
Ce type de four Hélios ayant déjà été construit, il nous a été précisé qu’il nécessitait environ quatre hommes pour le construire en une quinzaine de jour si le chantier est mené par quelqu’un qui en a déjà construit. Nous souhaitons une fois sur place essayer de trouver quelques personnes capable de nous aider à le construire et peut être faire en sorte qu’ils puissent eux même en confectionner un autre et ainsi être totalement indépendant. Nous avons de plus prévu plusieurs miroir de rechange, au cas ou certains se casseraient.
En ce qui concerne la sécurité, nous comptons bien faire prendre conscience aux enfants des gestes à avoir face à ce type de four, et particulièrement insister sur la chaleur qui peut s’y dégager.
De plus il nous semble indispensable de partager nos connaissances en matière d’énergie renouvelable, et de montrer que le soleil permet de faire cuire, mais peut également chauffer l’eau, servir à purifier de l’eau. Le solaire semble être une bonne alternative pour résoudre certains problèmes dans les pays en voie de développement.

posted by Eva Cantavenera
modifié le 1er décembre 2009
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